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vendredi, janvier 27, 2023

Thésaurisation domestique : Le président Tebboune lance un ultimatum

En dépit des efforts de l’État pour améliorer les services bancaires, généraliser le e-paiement, règlementer le commerce en ligne et légaliser le mode de finance islamique, les Algériens continuent toujours à garder des sommes importantes de l’argent liquide à leur domicile.
Un phénomène, alertent les économistes, qui constitue un problème économique, car freinant la consommation et privant l’économie de fonds importants nécessaires pour la continuité des entreprises économiques.
Lors de son intervention jeudi dernier aux travaux de la rencontre périodique Gouvernement – walis, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a invité les ménages algériennes à adhérer à l’épargne bancaire pour permettre de financer l’investissement et surmonter les difficultés financières des entreprises.
Il a lancé dans ce sens un ultimatum à ceux qui choisissent encore de garder de la monnaie « sous les matelas ».
«Je lance un dernier appel à ceux qui ont accumulé de l’argent dans leurs foyers pour qu’ils le déposent dans les banques », a-t-il prévenu, devant un parterre de membres du gouvernement et de walis de la République.
« l’État a accordé de nombreuses garanties pour protéger le citoyen et l’économie nationale », a-t-il ajouté, promettant une lutte sans merci aux « résidus de la corruption avec la force de la loi ».
« Cela freine tous les efforts consentis par l’État pour la construction d’une économie forte et diversifiée. Cet argent peut servir à financer des projets créateurs d’emplois et de richesse», a plaidé le chef de l’État, poursuivant que l’épargne bancaire devrait absorber l’argent dans l’informel, diminuer l’inflation et augmenter la valeur de la monnaie nationale.
Il a noté que l’argent liquide en circulation hors circuit bancaire favorisent les risques de son vol et sa dégradation s’il est gardé dans des lieux insolites, expliquant que l’État n’engagera pas de poursuites ou de mesures fiscales envers les détenteurs de ces fonds qui choisissent de les déposer en banque.
« Nous avons même pris en considération la question religieuse en augmentant de façon considérable le nombre de banques islamiques», a précisé le président de la République, soulignant que l’État ne sera plus tolérant envers ce phénomène à l’avenir en résumant : «Autorité, oui. Autoritarisme, non ».
En fin de l’année 2020, 6 140,7 milliards de dinars d’argent liquide étaient en circulation hors circuit bancaire, selon les chiffres publiés par la Banque d’Algérie.
Le chiffre de la masse de l’argent numéraire ne cesse de progresser : 34 % en 2021, 32,94 % fin 2019, 35 % fin 2020, d’après les données officielles.
Malgré la multiplication des services et produits financiers offerts par les banques et les incitations à la bancarisation, les gouvernements précédents ont échoué à convaincre les Algériens de sortir leur argent thésaurisé chez eux et le placer en banque.
« Le volume des sommes circulant dans l’économie parallèle est estimé à environ 35 à 40 milliards de dollars, ce qui est un grand chiffre. C’est même beaucoup plus important par rapport aux pays voisins », avait expliqué dans de précédentes déclarations Nabil Djemaâ, économiste et analyste financier.
« Les thésaurisation des Algériens en domicile s’élèvent à entre 25 et 30 milliards de dollars, selon le ministère des Finances, c’est-à-dire le gouvernement, et donc nous sommes confrontés à 60 à 70 milliards dollars qui échappent au contrôle de l’État. Le problème est que le système bancaire national est incapable de contenir même un quart de ces fonds, au moment où les établissements bancaires avaient traversé une crise de liquidité qui a poussé la Banque centrale algérienne à réduire les réserves bancaires de 12 à 2 % en un an et demi, pour injecter de la monnaie fiduciaire dans les banques », a-t-il alerté.
En 2014, la crise financière de l’époque a poussé les gouvernements successifs depuis cette année-là à mettre en avant plusieurs initiatives pour absorber les fonds circulant hors des circuits officiels ou ceux garder dans les maisons, mais les résultats ont été contraires aux attentes.
En 2016, le gouvernement a lancé la plus grande opération d’emprunt obligataire interne, en offrant des prêts obligataires au trésor public à un taux d’intérêt de 5 % si la durée du prêt est estimée à trois ans, tandis que le taux d’intérêt pour les prêts égal à ou plus de 5 ans de durée s’élève à 5,75 %.
Le gouvernement de l’époque a fixé la valeur d’une action de l’emprunt obligataire à 50 000 DA.
Cependant, cette disposition, qui a duré environ 10 mois, n’a permis au gouvernement de récolter que 5 milliards de dollars, sur les 30 milliards de dollars qui devaient être collectés.
En 2017, et sous la pression de la crise financière et l’érosion des réserves des changes, le gouvernement a décidé de lancer une « amnistie fiscale », permettant à chaque Algérien d’entrer son argent dans des banques agréées sans s’enquérir de sa provenance, et à un taux d’intérêt équivalent à 7 %.
Cependant, cette tentative n’a pas réussi à inciter les Algériens à placer leur argent dans les banques, puisque l’opération a attiré environ 850 millions de dollars seulement.
Dernière tentative dans ces efforts, l’État a adopté une législation facilitant et adoptant la finance islamique pour absorber l’argent thésauriser et circulant hors des circuits des banques.
Plusieurs banques publiques et privés ont lancé des guichets dédiés à ce mode de finance et même des agences entières comme dans le cas de la BNA (Banque nationale d’Algérie).
Hamid Mecheri

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