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mardi, septembre 27, 2022

Sonatrach: l’aventure du raffinage à l’étranger

A partir du mois de février prochain, Sonatrach va arrêter d’importer les carburants. Elle compte procéder au raffinage du pétrole brut à l’étranger.

Cette décision a été prise lors du dernier conseil d’administration du groupe, tenue en décembre dernier.

L’aventure est périlleuse et risque d’entrainer Sonatrach dans un tourbillon insoutenable. Car, il ne s’agit pas uniquement des problèmes et coûts de processing et des taux de pertes dus au TBP (True Boiling Point, soit le  point d’ébullition véritable). Il s’agit surtout de la gestion des stocks des produits bas de gamme tels le Naphta et le Fuel. Il n’est pas toujours aisé de s’en débarrasser à partir des ports européens.

Au final, cette opération n’offre aucune garantie de réaliser des marges plus importantes par rapport aux opérations classiques de vente de pétrole brut et d’importation de carburants selon les besoins. En revanche, Sonatrach s’expose aux risques des marchés internationaux avec des marges de manouvre très réduites, compte tenu du fait que cette opération n’est couverte par aucun texte juridique.

Au-delà de tous ces aléas, le processing à l’étranger n’a des chances d’aboutir que si Sonatrach opère avec les grandes compagnies qui ont d’énormes capacités d’absorption des produits dérivés, destinés au marché international.

Dans le cas contraire, la compagnie nationale va se noyer notamment dans la gestion des capacités de stockage, en attendant l’écoulement des produits qui ne sont pas destinés au marché algérien.

Tentative timide

Au cours des dernières années, une idée dans ce sens a mûri à Sonatrach. Des études et des simulations ont été réalisées sur les projets de processing à l’étranger.

Sonatrach est allée même jusqu’à discuter de ces questions avec les deux géants, BP (l’un des plus grands raffineurs-distributeurs au monde) et Vitol, leader mondial de courtage de pétrole brut.

En février 2016, Sonatrach avait reçu, de la part de BP et Vitol, deux propositions pour le raffinage du pétrole brut à l’étranger.

L’analyse des propositions des deux géants des lubrifiants et carburants montrait un grand écart avec le TBP du pétrole algérien, Sahara Blend.

Dans le process de raffinage, l’offre de BP consistait en un retour de 630 kg de Gas Oil et 234 kg d’essence, pour chaque tonne de Sahara Blend. Pour l’opérateur britannique, les pertes devraient se situer à 13.59%.

Les formules d’échanges de produits raffinés proposées par BP donnaient lieu à des taux de rendement bien inférieurs à ceux affichés par Sonatrach dans les opérations classiques d’exportation de pétrole brut.

L’offre de BP comprenait également un coût de raffinage de 2.15 dollars pour chaque baril de pétrole.

Pour sa part, Vitol propose, contre une tonne de pétrole brut, un retour de 689.3 kg de Gas Oil et 215 kg d’essence. Les pertes sont alors de l’ordre 9.57%.

En matière d’échange, Vitol proposait 0.5 tonne de Gas Oil contre une tonne de Fuel. Le ratio pratiqué par Sonatrach à l’export est de l’ordre de 0.75, donc plus élevé que celui (0.5) affiché dans l’offre de Vitol.

Pour le coût du processing, Vitol propose un montant de 7 dollars par baril de pétrole brut. Bien loin des 2.15 $ proposés par BP.

De facto, Sonatrach devait rejeter ces propositions, car les pertes étaient très élevées et l’opération devenait non rentable. De plus les propositions d’échange étaient nettement inférieures au rendements classiques d’exportation de pétrole brut.

Les simulations réalisées montraient alors que les offres des deux compagnies étaient loin d’être rentables, comparativement aux chiffres réalisés dans les opérations d’exportation. Sonatrach se devait donc de rejeter globalement ces propositions.

Un deuxième round de discussions a eu lieu entre Sonatrach et les deux prestataires au cours de la dernière semaine de mars 2016. Les responsables algériens insistaient sur la nécessité d’aboutir à des rendements proches du TBP du pétrole algérien et des ratios d’échanges qui ne s’écartent pas trop de ceux pratiqués par Sonatrach à l’export.

En avril, BP est revenue avec des propositions avec les taux d’échanges plus avantageux que les premiers:

Naphta/Gas Oil: 1/1 ou 1/0.98 en incluant les charges de livraisons à BP.

Naphta/Essence: 1/0.76 avec les frais de livraisons à la charge de BP.

Pétrole brut/ Gas Oil : 1/0.88

Pétrole brut/Essence: 1/0.70 à 0.75

Cependant, compte tenu de la volatilité de certains paramètres, il fallait s’arranger avec BP pour fixer les limites minimales et maximales, de manière à éviter de s’exposer aux risques du marché.

Pour sa part, Vitol est revenu avec trois nouvelles propositions de processing. L’une d’entre elles comportait un ratio de 5/1 en Gas Oil/essence, avec un taux de pertes de l’ordre de 2.48 % seulement.

Cette options offrait des rendements meilleurs que ceux réalisés dans l’importation.

Mais les analystes de Sonatrach ont préconisé un accord cadre qui soit global et la signature de commandes conjoncturelles qui tiennent compte de la fébrilité des marges de raffinage et des aléas des marchés. Sur la base de ces appréhensions, le gouvernement avait fini par abandonner cette piste de processing à l’étranger.

En définitif, si Sonatrach ne parvient pas à obtenir, en 2018, des rendements meilleurs que ceux proposés par BP ou Vitol, ce serait alors un acte de mauvaise gestion qui jetterait le discrédit sur ses responsables. Ouyahia, qui a inventé toutes sortes de blocages pour économiser les devises, serait lui aussi responsable d’une quelconque faillite du système de processing à l’étranger. Car, on imagine mal des gens, ayant failli à Hassi Messaoud et Hassi R’mel, réussir en Irak ou dans une complexe opération de raffinage à l’étranger.

Expérience périlleuse

En fait Sonatrach avait tenté cette expérience dans les années 80 et, au moment de la prise de décision, les responsables de l’époque n’avaient pas accordé d’importances à certains paramètres.

Dans une note de la Direction Générale de l’Energie adressée à Yousfi, alors DG de Sonatrach, il était clairement démontré que le processing à l’étranger engendrait un manque à gagner pour Sonatrach, notamment en raison des taux de perte. Une note qui va jeter l’émoi dans la gestion de Sonatrach, qui était déjà déstabilisée par d’autres dossiers de vente de gaz.

Finalement, si ce n’était la sagesse de Chadli, Yousfi et quelques cadres de Sonatrach se seraient retrouvés face à la justice.

Les responsables actuels devraient s’inspirer de ces expériences et interroger les cadres de l’époque (Boucenna, Yousfi et tant d’autres) avant de partir à l’aventure.

Nous sommes dans un marché équilibré entre le pétrole brut et les produits raffinés, à la variation de la marge de raffinage près . L’appareil de raffinage est contrôlé par les pétroliers qui ont leur source d’approvisionnement et l’utilisent pour optimiser leur ressources, même s’ils acceptent parfois des pertes dans le raffinage .

Les gens de Sonatrach, en difficulté ,voulant des produits raffinés à bon marché (à la marge !!). Sont-ils naïfs pour penser qu’un pétrolier quelque qu’il soit, leur ferait des ristournes sur les marges de raffinage ? Il sait lui aussi faire les calculs des économies que procurerait  un processing pour Sonatrach et veut prendre cette marge .

Sonatrach voit l’opération en termes de couts, mais le propriétaire de la raffinerie ne s’intéresse qu’au profit .

De plus, les grands raffineurs indépendants dépendent beaucoup des banques internationales qui financent leurs stocks de brut et qui contrôlent de près toutes leurs opérations financières et commerciales .

LIRE AUSSI Sonatrach: l’année de tous les dangers

 

 

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