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jeudi, septembre 29, 2022

Pour le PDG de Total Energies : « Le gaz russe, c’est terminé »

Après l’arrêt du gazoduc Nord Steam 1, le risque d’un « scénario du pire » dans les mois à venir sur l’approvisionnement énergétique des Etats membres de l’UE inquiète. Auditionnés au Sénat, ce 13 juillet, les dirigeants d’EDF, Engie et Total Energies ont indiqué anticiper les risques de pénurie.

Les difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures, la faible disponibilité du parc nucléaire principale source de production d’électricité, les retards pris dans le développement d’énergies renouvelables font peser de lourdes incertitudes sur le système énergétique français. Le scénario d’un ‘black-out’ inquiète. La présidente de la commission sénatoriale, Sophie Primas, interroge sur les prévisions de consommation et de production pour la fin d’année, « sommes-nous prêts sur le plan de l’offre pour l’hiver prochain et les suivants ? »

Anticiper les risques de pénurie

Le directeur exécutif chargé du pôle Clients d’EDF, Marc Benayoun, exclut la possibilité d’une pénurie électrique en fin d’année. La dernière grande panne de courant géante en France date de 1978. « Dire qu’on va vers une situation catastrophique […], personnellement je ne le crois pas », souligne-t-il. « Même si on est dans une situation très difficile, il y a de fortes chances que nous passions l’hiver sans délestage [coupures ponctuelles visant à éviter de mettre en péril le système électrique national ; ndlr] » Avec plusieurs réacteurs à l’arrêt, suite à la détection d’anomalies, le parc français tourne depuis plusieurs mois au ralenti. Le représentant d’EDF a précisé devant les sénateurs les faibles prévisions de production pour l’hiver. « Nous aurons une production de 280 à 300 térawattheures, avec une valeur centrale de 290, c’est effectivement une estimation basse », indique Marc Benayoun. Toutefois, le groupe prévoit une production à la hausse sur l’année 2023, « nous visons une fourchette de 300 à 330 térawattheures, avec une valeur centrale de 313. » « Le parc nucléaire devrait progressivement revenir à une production normale » dans les années à venir, notamment avec l’application d’un plan de médiation des réacteurs à l’arrêt et des infrastructures, un plan négocié avec l’Autorité de sûreté nucléaire.

Anticipant les difficultés d’approvisionnement de gaz, du fait de la mise en place des sanctions de l’UE à l’encontre de Moscou, Bruxelles avait annoncé, le 27 juin dernier, le remplissage progressif des réserves souterraines pour que ces dernières atteignent un niveau de stockage de 80 % au 1er novembre. La directrice générale d’Engie est revenue au cours de cette audition sur l’état des réserves nationales, « ce remplissage se passe bien, on est à un taux de 70 % ce qui est plus élevé par rapport à l’année dernière. » Cette dernière insiste également sur la diversification en cours des sources d’approvisionnement, « notamment avec la Norvège, l’Algérie et les Etats-Unis. » Important producteur et fournisseur de gaz, TotalEnergies serait également engagé dans ce basculement des acheminements de livraisons de gaz en mettant à disposition deux unités flottantes de regazéification pour éviter la saturation des terminaux méthaniers du continent. « On a proposé au gouvernement d’en mettre une au Havre qui viendra en septembre 2023. […] Le gouvernement allemand nous a contacté pour implanter la deuxième unité », précise le PDG de Total Energies. « Il faut se mettre dans l’idée que, d’une façon ou d’une autre, le gaz russe c’est terminé », a-t-il martelé aux parlementaires de la commission sénatoriale.

Les énergéticiens renouvellent au Sénat

Patrick Pouyanné est revenu devant les parlementaires sur la tribune signée par les patrons d’Engie, EDF et Total Energies, publiée dans le JDD fin juin, appelant les Français à réaliser des économies d’énergie et à partir à « la chasse au gaspi ». « Il y a plein de petits gestes qu’on avait appris, qu’on doit réapprendre : le chauffage à 17 degrés, la climatisation à 26 ou la machine à laver avec un programme à 30°C », précise le PDG de Total Energies, pour éviter de forts pics de consommations. Dans un contexte d’offre d’énergie déjà restreinte, ces mesures contribuent à protéger « le pouvoir d’achat , facilitent la transition énergétique et permettraient la sécurisation des approvisionnements. « Les meilleures énergies sont celles qu’on ne consomme pas », martèle-t-il devant les parlementaires. « Chaque petit geste compte », explique Catherine MacGregor. Dans son propos liminaire, la directrice générale rappelle que la consommation de gaz pour la production d’eau chaude pour le secteur résidentiel correspond à 15 % de la consommation totale de gaz. « Il s’agit d’économiser dès maintenant, toute électricité qu’on peut éviter de consommer, cela signifie qu’on aura plus de gaz pour l’hiver », précise la dirigeante.

Accélérer la transition énergétique

Ces difficultés d’approvisionnement en énergie rappellent l’obligation et la nécessité de réaliser la transition énergétique. « Les énergies renouvelables sont un moyen d’assurer notre indépendance », précise Patrick Pouyanné, « grâce à la production d’une énergie décarbonée à l’échelle locale. » Le dirigeant demande un changement de méthode, « on ne peut continuer à faire cela de façon émotionnelle et dans le désordre. » Ce dernier plaide pour une planification progressive et alerte sur les changements radicaux et rapides : « l’erreur qu’on est en train de faire aujourd’hui, c’est construire ce nouveau système tout en détruisant celui qui nous fait vivre aujourd’hui. » Catherine MacGregor soutient également la conservation d’un mix énergétique équilibré, « où toutes les technologies ont leur place. » « Il faut reconnaître que la robustesse d’un système énergétique doit passer par la coexistence de plusieurs technologies […]. La vraie résilience viendra d’un mix équilibré, comprenant le solaire, l’éolien, le nucléaire et le gaz, qui sera de plus en plus décarboné. » Le PDG demande une planification du territoire hexagonal, « avec les régions et collectivités locales. » Patrick Pouyanné regrette le « mitage actuel du paysage », du fait de l’éparpillement d’éoliennes. « Il faut penser l’éolien terrestre comme on l’a fait pour les grandes zones industrielles, avec des parcs », souligne-t-il. Le patron de Total Energies a également insisté sur la responsabilité de l’Etat pour le déclenchement de ce processus. Pour le PDG de Total Energies, « les acteurs privés ne peuvent pas se substituer à des puissances publiques. »

R.I.

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