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mercredi, septembre 28, 2022

Enjeux du sommet arabe : L’Algérie veut restaurer son leadership

Par Hamid Si Ahmed

À l’issue du 30ème sommet de la Ligue Arabe, qui s’est tenu à Tunis, le 31 mars 2019, l’histoire se répète et le bilan établit sur les différentes crises qui ont secoué le monde arabe durant ces trois dernières années est toujours aussi critique. En prévision du prochain sommet qui verra le jour en Algérie, la question palestinienne continue d’alimenter les relations diplomatiques entre les pays membres de la Ligue arabe. D’autres problématiques seront également relancées, à l’instar de l’instabilité de la Libye, le soutien au Liban, la réintégration de la Syrie à la Ligue arabe, et bien d’autres situations urgentes.

Cette année, c’est l’Algérie qui abritera le prochain sommet, qui se tiendra pour rappel les 1 et 2 novembre prochain, après deux ans d’interruption en raison de la pandémie de Covid-19. En vue de ce sommet, plusieurs pourparlers sont attendus, à leur tête la question palestinienne, laquelle sera à l’ordre du jour de cette réunion stratégique et historique. Il sera en effet question de remettre au centre de l’action prioritaire arabe, l’éternelle cause palestinienne. A cet égard, rappelons que la rencontre entre les deux leaders palestiniens à Alger sous l’égide du président Tebboune, a marqué un pas très important, réaffirmant ainsi que l’Algérie continuera de soutenir cette cause. Dans le souci de jouer le rôle de médiateur et de rassembleur, l’Algérie ne manquera pas d’afficher également son soutien aux questions syrienne et libyenne, ainsi que la situation au Yémen et dans d’autres pays qui connaissent des tensions et des conflits. D’autres sujets de l’heure seront mis sur la table, dont la lutte contre le terrorisme, la sécurité alimentaire et énergétique, la préservation de la sécurité arabe, les ingérences étrangères dans les questions arabes, ainsi que le dossier de développement de la Ligue arabe.

Dans ce contexte, plusieurs chefs d’États et officiels étrangers ont plaidé en faveur des démarches algériennes afin de résoudre les différents conflits qui freinent le développement et menacent la sécurité de la région. Entre autres, la déclaration du président libanais, Michel Aoun, le 2 juillet dernier. « Ce sommet est important, compte tenu de l’ampleur des crises graves auxquelles le monde d’aujourd’hui est confronté, en sus des attaques qui ciblent les pays arabes exigeant l’unification de leurs efforts pour y faire face ». Même son de cloche chez le Secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheït, qui a affirmé à Alger, au mois de juin, que « le sommet arabe prévu à Alger sera un succès ».

Un nouveau départ, une action arabe commune

Un rendez-vous qui coïncidera avec la fête de la révolution algérienne, le 1ᵉʳ novembre, point de repère essentiel à la réaffirmation de la souveraineté du pays. Loin de vouloir camoufler son désir de multiplier les efforts sur le plan des relations extérieures, l’État algérien a multiplié les contacts avec de nombreux partenaires arabes, en vue de parvenir à un consensus, en raison des différentes visions qui continuent de ralentir l’union et l’inclusion arabe. Un sommet qui sera donc l’occasion de reconsidérer les différentes positions des pays membres de la Ligue Arabe, dans un contexte des plus difficiles. Dans ce sens, les observateurs sont unanimes, l’urgence actuelle est de tenter de mettre un terme aux différentes guerres et crises qui frappent actuellement le monde arabe. Mais cela ne sera possible qu’en instaurant un sérieux débat et en essayant de rapprocher les points de vues de chaque partie. En effet, compte tenu des menaces de déstabilisation qui ciblent ces pays, ces derniers n’auront d’autre alternative que de consolider leurs efforts et de les unifier afin de faire face aux différentes tensions et aux crises qu’ils affrontent actuellement. Côté algérien, à plus de trois mois de la tenue de ce sommet, un travail diplomatique de premier ordre est mené par le Président Abdelmadjid Tebboun et son gouvernement, faisant connaître les positions de l’Algérie, dans le respect total de la charte de la Ligue arabe. Ainsi, face à toutes ces tensions sur la scène régionale et internationale, et malgré les désaccords entre plusieurs pays arabes, l’Algérie ambitionne de revêtir le costume de médiateur et de rassembleur, afin d’organiser un sommet à la hauteur des aspirations des peuples concernés.

Le réveil de la diplomatie algérienne

Depuis le début de l’année en cours, les événements se sont enchaînés et le gouvernement algérien ne s’est pas privé de réaffirmer son rôle dans la région, à travers une politique extérieure fructueuse. Les visites officielles menées par le Ministre des affaires étrangères, Ramtane Lamamra, confirment bel et bien que l’État algérien est en position de restaurer son rôle de puissance régionale. La visite à Alger du chef de la diplomatie syrienne Fayçal Al-Mekdad et son entretien avec son homologue Lamamra illustrent à quel point l’Algérie milite pour un retour de la Syrie à la Ligue Arabe. Une rencontre qui a permis aux deux parties de réaffirmer leur volonté de renforcer la coopération et de passer en revue les relations bilatérales et les questions régionales et internationales d’intérêt commun, en raison des derniers développements sur les plans sécuritaire et politique en Syrie. Une vision que le Ministre algérien a attesté lors de la réunion consultative des ministres arabes des Affaires étrangères, au Liban au mois de juin dernier, rappelant que « l’Algérie ne s’oppose pas au retour de la Syrie au sein de la Ligue arabe du fait que la Syrie en est membre fondateur ».

Plusieurs autres rencontres ont caractérisé cette période de retour de la diplomatie algérienne aux premiers plans. Citons à titre d’exemple les visites de Ramtane Lamamra en Ouganda, celle au Rwanda, la visite à Alger du secrétaire général de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), Hissein Brahim Taha, la rencontre entre Lamamra et son homologue française, Catherine Colonna, au mois de juin. Dans la même lignée, Ramtane Lamamra s’était entretenu avec le président du Conseil d’affaires fino-algérien, Jukka Sihvo, en marge de sa participation à la 19e réunion des chefs de la diplomatie africains et nordiques à Helsinki, et avait reçu, à Alger, le ministre tchadien de la Sécurité publique et de l’Immigration, M. Idriss Dokony Adker. Un travail diplomatique d’envergure aux yeux de l’opinion international, un point de gagné pour l’Etat algérien.

N’en déplaise à certains antagonistes…

Avant la tenue de ce prochain sommet crucial pour la stabilité du monde arabe, les démarches du gouvernement algérien ont apparemment fait des jaloux chez certains pays. En effet, la problématique qui se pose à cet effet est la suivante : La tension entre l’Algérie et le Maroc ne risque-t-elle pas d’envenimer la situation ? Un pays voisin avec lequel les relations diplomatiques ont été rompues à cause du dossier du Sahara occidental et du rapprochement de Rabat avec Israël. La dernière démonstration de force de l’ANP, lors des festivités de la libération du pays, ses solides relations avec plusieurs puissances, dont la Russie, la Chine, sont autant de signes révélateurs quant à l’importance de compter désormais sur l’Algérie dans ce contexte de crise régionale et mondiale. Ainsi, entretenant des relations amicales avec la plupart des États influents dans les relations internationales actuelles, cet état de fait irrite plusieurs parties qui n’accueillent pas à bras ouvert ce grand retour de l’Algérie au rang de pays, avec un leadership apparemment qui lui colle à la peau et sera pour toujours une de ses grandes facettes.

H.S.A

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