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mardi, septembre 27, 2022

Crise diplomatique algéro-espagnole : Des pertes colossales pour les entreprises ibériques

Par : Hamid Mecheri

« Nous sommes inquiets et, au bout d’une semaine, cette inquiétude s’est transformée en résignation. Nous ne recevons aucune information positive qui nous donne de l’espoir de la part de notre distributeur en Algérie ». L’orateur est Fernando Garay, PDG de Vitrinor, une entreprise espagnole qui entretient des relations d’affaires avec l’Algérie depuis 2010, pays avec lequel elle réalise un chiffre d’affaires annuel d’un million d’euros. Près de deux semaines après que l’Algérie a suspendu le traité d’amitié signé avec l’Espagne comme réaction au revirement brusque du gouvernement Sanchez sur la question de Sahara occidentale, atteignant au droit de peuple sahraoui à l’autodétermination, les entreprises espagnoles subissent les pires conséquences. Cela touche aussi aux exportations et importations entre les deux pays. « Nous sommes complètement paralysés depuis un peu plus d’une semaine. Toutes les entreprises espagnoles et algériennes qui peuvent fonctionner avec des produits espagnols en ce moment sont paralysées », a déclaré Garay, au journal « La Vanguardia ». Une situation qui tient les entrepreneurs et chefs d’entreprises espagnoles en haleine. La décision de l’ABEF de suspendre les domiciliation bancaires de et vers les deux pays a causé un manque à gagner de près de 2 000 millions d’euros que représente pour l’Espagne le commerce international avec l’Algérie. Dans le cas de Vitrinor, entreprise espagnole spécialisée dans la fabrication d’ustensiles de cuisine (Casseroles, poêles et faitouts, Accessoires, Cocottes et plats de cuisson, cuiseurs vapeurs, …), les commandes qui étaient prévues pour fin juin, passées il y a deux mois et évaluées à environ 200 000 euros, ont été annulées. « En ce moment, il y a une décision politique ferme qui n’a pas changé pour le moment, et qui rend totalement impossible de travailler là-bas. Vraiment, ce sont les entreprises qui sont les plus pénalisées et, malheureusement, ce n’est pas quelque chose qu’il nous appartient de pouvoir résoudre », déclare le directeur général de Vitrinor, cité par des médias espagnols. De plus, il assure qu’ils ne sont pas particulièrement optimistes quant à la résolution de la situation à court terme, notamment avec le maintien du gouvernement de Sanchez, dont le bilan est plus que catastrophique pour l’Espagne. Bien que la Confédération espagnole des organisations d’entreprises (CEOE) ne donne pas de chiffre précis, elle assure qu’il existe de nombreuses entreprises espagnoles qui exportent vers l’Algérie dans divers secteurs. Parmi les plus touchés par la décision du pays figurent le secteur semi-manufacturier, les engrais, les aliments et boissons et le secteur de la céramique. A cela s’ajoute le fait que, jusqu’à présent, l’Espagne était le deuxième partenaire commercial de l’Algérie pour les produits destinés aux infrastructures ferroviaires. Lors de la crise de 2008 dans le pays européen, de nombreuses entreprises ont trouvé refuge derrière les frontières algériennes. Quelque chose qui n’a pas été facile, puisque la plupart des entrepreneurs et chefs d’entreprises s’accordent à dire qu’investir et entrer sur le marché algérien pour eux comporte de nombreuses difficultés. Bien qu’une fois à l’intérieur, la qualité du produit espagnol soit appréciée. Fernando Garay, de Vitrinor, est d’accord sur ce point. L’entreprise d’ustensiles de cuisine a réussi à s’implanter sur le marché algérien en 2010, mais se battait depuis de nombreuses années pour y pénétrer. « Cependant, une fois que vous êtes entré et que vous commencez à vous déplacer, c’est un très bon pays pour pouvoir faire des affaires », a ajouté le DG de Vitrinor. C’est pourquoi, comme d’autres chefs d’entreprises, il craint de perdre ce marché dans lequel il a tant travaillé pour implanter son entreprise. « En Algérie, notre produit continuera d’être consommé et, évidemment, nous avons beaucoup de concurrence, qui, nous le comprenons, viendra combler notre retard en très peu de temps. Après, reprendre cette activité sera vraiment compliqué », lâche-t-il. Depuis la CEOE, ils travaillent à analyser l’ampleur que l’impact de la situation aura sur les entreprises. « Ce n’est pas que l’activité soit complètement arrêtée, car nous avons les opérations d’avant le 9 juin, date d’entrée en vigueur de la circulaire », a déclaré Marta Blanco, présidente de CEOE Internacional, à des médias espagnols. « Nous sommes à un point où il y a des marchandises qui arrivent d’opérations qui étaient domiciliées, et cela ne doit pas être un problème. Maintenant, s’il y a quelque chose qui arrive ou qui est au port qui n’était pas domicilié, cela aura des problèmes, car depuis le 9 juin le paiement ne peut pas être effectué et donc il est bloqué », souligne a-t-elle. Pour débloquer la situation, le Patronat espagnol compte sur la diplomatie, souhaitant «que les pourparlers aboutissent pour que ça se débloque et qu’il y ait de nouvelles opérations ». Les entreprises espagnoles craignent que le blocage provoqué par le gouvernement Sanchez leur causera plus de pertes dans le marché algérien et leur remplacement par d’autres entreprises européennes. En Algérie, l’Association nationale des commerçants et artisans (ANCA) a émis récemment une série de recommandations pour substituer l’approvisionnement de marché national en produits et services importés auparavant d’Espagne. Cette même organisation a également demandé de changer l’origine des importations de ces produits et de favoriser la production locale pour éviter les conséquences de la suspension du traité avec l’Espagne, qui est le cinquième fournisseur de l’Algérie après la Chine, la France, l’Italie et l’Allemagne. « Les grands perdants de la suspension du traité algéro-espagnol sont les entreprises espagnoles, étant donné que la plupart des exportations algériennes proviennent du gaz et du pétrole, et qu’elles représentent plus de 90% du total », explique le professeur d’économie Omar Harun, interrogé par des médias espagnols. À long terme, l’Espagne pourrait perdre quelque chose de beaucoup plus important que l’interruption du flux de gaz, et c’est la possibilité de devenir un « hub » européen pour la distribution de gaz en Europe, a noté le journal espagnol « El País ».

H.M.

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