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samedi, octobre 23, 2021

Covid19…une épidémie née dans la ville qui la tue

La ville à l’épreuve des crises sanitaires


Les villes, devenues depuis des siècles les moteurs de la croissance économique et du progrès, peuvent se transformer soudain, comme c’est le cas de nos jours à l’ère de l’épidémie Covid19, en un cimetière d’acquis réalisés durement à travers des générations.
« Le triomphe urbain n’est jamais garanti », nous prévient Edward Glasser, l’expert américain en économie urbaine à Harvard, dans une interview accordée le 10 octobre 2021 au quotidien espagnol El Confidencial, car « Le déclin peut commencer par la fermeture d’une usine »
comme par le déclenchement d’une guerre ou suite à une catastrophe naturelle. Mais il peut aussi s’enclencher tout simplement par la propagation inattendue d’une épidémie.
Les architectes et les urbanistes ont beaucoup à apprendre de l’Histoire pour contribuer à surmonter les défis posés par Covid19 et d’autres éventuelles épidémies qui pourraient mettre en péril l’avenir de la planète à l’ère de menaces de guerres biologiques.
Lorsque la peste faisait chavirer Al-Djazair Il y a plus de deux siècles, lorsque l’Algérie était une régence ottomane à l’occident de la méditerranée, une ville capitale de l’envergure d’Alger, une des plus grandes à l’époque, des plus belles et des plus attractives du bassin méditerranéen et du monde, s’est vue vidée de sa
population à cause de la peste et abandonnée par beaucoup de survivants qui ont préféré se
réfugier dans les villes et villages limitrophes.
Affaiblie et profondément déstructurée par l’épidémie, elle a perdu en l’espace de quelques
semaines sa splendeur, son attrait et ses succès chèrement payés par ses hommes et ses
femmes. On y enterrait, selon les chroniqueurs, jusqu’à 300 morts, voire 500, par jour dans
une ville abritant environ 100000 à 120000 habitants qui étaient éparpillés entre les proches
faubourgs de Bab El-Oued, Bab Azzoun et El Bab Al-Jedid, ainsi qu’à l’intérieur de
l’enceinte qui entourait son noyau historique dit de nos jours et depuis le début de la
colonisation « la Casbah ». Au fait, Peu de gens savent aujourd’hui que cette dénomination
s’est propagée parmi les Algérois par répétition automatique d’une faute due à une incapacité
de compréhension de la culture de « l’autre » de la part des premiers envahisseurs français.
Ces derniers, désemparés et perdus dans les ruelles en labyrinthe de la médina, mais aussi
dans leurs dénominations arabes trop étranges pour eux et trop compliquées pour pouvoir les
articuler sans déformation, ils ne pouvaient comprendre que la Casbah ne concernait que la citadelle plantée sur la colline du faubourg El-Bab El-Jedid, dite Dar Essoltane (دار السلطان), et non pas l’ensemble de la cité.

Casbah d’Alger : Des métiers en perdition durant la pandémie
Durant cette grave crise sanitaire qui a profondément secoué la vie économique et sociale d’El-Bahdja, des corporations de métiers entières ont perdu l’essentiel de leurs forces de travail et leur précieux savoir-faire accumulé durement durant des siècles et préservé jalousement par des générations d’artisans ayant tenu à assurer sa transmission à leurs
successeurs.
L’industrie de la Chéchia, une des joyaux de l’industrie algérienne à l’époque ottomane qui a brillé dans tout le bassin méditerranéen et en Orient grâce à l’apport des Andalous et leurs descendants, los Moriscos, s’effondra aussitôt que les Mâallims (مْعَلَّمْ), maîtres artisans, furent emportés par l’épidémie. Elle n’a plus jamais retrouvé sa vigueur et sa réputation pré- épidémique, obligeant les habitants d’Alger et d’autres villes et villages du pays à s’approvisionner en la matière en Tunisie.
D’autres métiers furent sévèrement touchés. Et finalement c’est toute l’économie qui chavirait et agonisait cherchant vainement presque à se relever dans un contexte de guerre permanente avec les puissances européennes à un moment de l’Histoire où l’intervention de l’Etat dans le business, à la manière préconisée par le néo-classique John Maynard Keynes face à la Grande Crise de 1929, n’était ni concevable, ni imaginable. D’ailleurs, les vagues successives de la peste, entre autres épidémies, et d’autres fléaux combinés aux catastrophes naturelles, telles
que les séismes et les sécheresses, ont fini par contribuer à accélérer l’effondrement du pays.
en 1830 après avoir dominé pendant plus de 300 ans tout l’occident de la marée nostrom.
Voilà de quoi une épidémie était, et est toujours, capable quand elle décide de dévaster une ville mal préparée aux aléas de la vie.

Les épidémies imposent des choix à l’architecture, l’urbanisme et l’économie

Les épidémies et diverses considérations sanitaires et hygiéniques imposaient à Alger une certaine manière de gérer la ville. Elles imposaient des normes de répartition des industries dans l’espace en renvoyant les métiers polluants et nuisant à l’extérieur de l’enceinte de la médina du côté de Bab El-Oued et Bab Azzoun ou à Qaa Essour (قاع السُّور), au dessous d’Al- Jamiî Al-Jadid, sur les quais du port qui abritaient l’arsenal (التَّرْسَانَة). Elles décidaient des plans d’approvisionnement de la ville en eau potable et de la répartition géographique des fontaines publiques, des réservoirs d’eau appartenant à l’Etat et ceux aménagés dans les sous- sols des habitations (الجُبّ), ainsi que des puits. Et bien évidemment de l’emplacement des hôpitaux pour empêcher les contagions, en cas de retour des épidémies, souvent installés à
l’extérieur de la muraille comme l’Asile Boutouil (بو الطويل) , dit également Al-Marstane (المَرْسْتَانْ), mot persan qui veut dire : hôpital, à proximité de la porte Bab El-oued, entre Zoudj Aâyoune (زوْج عْيُونْ) et les bâtiments de l’actuel lycée l’Emir Abdelkader,. Au-delà de l’Algérie, le destin d’un bon nombre d’agglomérations urbaines dans les quatre coins du monde a été, à travers l’Histoire, décidé par des épidémies qui ont réussi à les ruiner autant qu’elles ont pu dans certains cas anéantir des peuples entiers et des empires. Certaines parmi elles n’ont jamais pu se relever une fois la santé des survivants retrouvée. Les fléaux ont pu dans les anciennes civilisations  dévaster Athènes, Alexandrie, Constantinople et Rome réduisant sensiblement leurs populations et handicapant pendant longtemps leurs économies. Des siècles plus tard, des dizaines de millions d’Amérindiens, exposés aux maladies transmises par les conquérants européens du « Nouveau Monde », ont disparu en
l’espace de quelques décennies.
L’ampleur des dégâts constatés à chaque fois a très tôt suscité la réflexion dans les milieux spécialisés sur le lien des modes d’urbanisation et les philosophies architecturales avec la propagation dévastatrice des épidémies. La conclusion était presque partout et tout le temps la même : les agglomérations urbaines ont besoin de ventilation et de lumière pour lutter contre
les virus et les bactéries.

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