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jeudi, septembre 29, 2022

Chute historique de l’Euro : L’économie marocaine fortement affectée

Par : Hamid Mecheri

L’euro chute à 1,03 pour un dollar, à trois centimes de la parité des deux monnaies. Cette dépréciation de la monnaie européenne unique est accompagnée d’une forte inflation et une croissance qui tourne au ralenti pour certaines économies, dont la plus touchée est celle du Maroc.

En effet, la chute brutale de l’Euro devrait encore alourdir le déficit commercial du Royaume chérifien déjà en difficultés financières. L’économie marocaine sera fortement affectée par la parité des deux monnaies, l’euro et le dollar, a analysé l’économiste marocain Omar El Kettani, qui a cité les conséquences de la parité euro-dollar pour les Marocains. « L’essentiel du commerce du Royaume dépend du dollar, ce qui signifie que nos importations seront effectuées à un coût élevé par rapport au passé », a-t-il expliqué dans une déclaration faite au site « Achkayen.com ». L’analyste économique a ajouté que les prix élevés sont dus au fait que le volume des importations du Maroc est supérieur à ses exportations, ce qui aggrave encore la situation, prévoyant que les citoyens supportent une grande partie de ce désastre économique. L’interlocuteur a fait observer que cela se produit à la lumière d’un déficit budgétaire du Maroc de 50 %, ajoutant que le recours à la dépréciation du dirham est dangereux et sera à son tour affecté négativement. Il a souligné également que les interventions de la Banque centrale du Maroc en vue de maintenir la valeur du dirham vont également s’affaiblir, compte tenu de la conjoncture actuelle. El Kettani a tenu pour responsable le gouvernement marocain qui, selon lui, essaie de faire oublier au citoyen qu’il y a une crise, soulignant qu’il est temps pour le gouvernement de suivre une politique d’austérité. Sur les raisons de la parité de l’euro et du dollar, l’analyste économique marocain a déclaré qu’elle est due à la baisse des investissements en Europe, car les pays de l’Union européenne souffrent d’un taux d’inflation plus élevé que l’Amérique, et donc les investisseurs fuient vers le dollar. L’économie des pays européens, a ajouté Al Kettani, est plus faible que l’économie américaine, en particulier à la lumière du fait qu’elle mène une guerre par procuration contre la Russie en Ukraine, ajoutant : « Le taux d’intérêt du dollar a augmenté tandis que le prix de l’euro est en déclin ». Le lancement de l’opération militaire russe en Ukraine a provoqué un choc économique soudain et a bouleversé les normes en Europe. L’euro n’a cessé de perdre de la valeur depuis le lancement de cette opération, le 24 février. Cette baisse est alimentée par la crainte de voir le Kremlin couper complètement l’approvisionnement en gaz de l’UE en représailles aux sanctions occidentales. L’activité économique a, en effet, fortement ralenti en juin dans la zone euro, atteignant son niveau plancher depuis seize mois, selon les indicateurs conjoncturels. Les Etats-Unis apparaissent plus rassurants que jamais aux yeux des investisseurs, face à une Europe en pleine crise géopolitique et une Chine toujours sous le couperet de la politique zéro Covid-19. Et ce d’autant que la Réserve fédérale a durci bien plus tôt et bien plus fortement que la Banque centrale européenne sa politique monétaire. Face à un panier de devises, la monnaie européenne ne bouge quasiment pas par rapport à son niveau de 2017. Il n’empêche, la dégradation de la parité euro-dollar a un effet majeur sur les économies européennes. Dans un contexte de forte inflation, elle alimente davantage la hausse des prix, au travers des importations payées en dollar. La chute de la monnaie unique est l’effet de causes multifactorielles : l’inflation, les craintes de récession, la guerre aux portes de l’Europe. C’est que le dollar, lui, est stimulé par la politique monétaire de la Fed, qui a remonté ses taux directeurs de trois quarts de points dès la mi-juin, alors que la BCE, qui doit entamer le mouvement en juillet, est en retard. Aux yeux des investisseurs, qui font le pari que la Fed va continuer à remonter ses taux, le dollar se renforce dans son rôle de valeur refuge face à l’euro. En 2018, le retour de la croissance en zone euro, et des doutes sur l’économie américaine, font flamber l’euro face au dollar. Le 2 février 2018, l’euro atteint 1,25 dollar. Début 2020, la monnaie européenne subit les craintes liées à la propagation de l’épidémie de coronavirus en Chine. Le 20 mars 2020, l’euro baisse à 1,07 dollar. Dernière étape, l’euro vaut ce lundi 11 juillet 1,0072 dollar : c’est la quasi-parité. Une dépréciation monétaire est généralement stimulante pour l’activité : les produits vendus dans la monnaie concernée gagnent en compétitivité, les exportations sont dynamisées. L’industrie manufacturière est, en zone euro, la principale gagnante de cet effet car elle exporte davantage. Parmi les plus avantagés, les secteurs du luxe et de l’aéronautique, qui vendent beaucoup en zone dollar. Les grands perdants sont les petites entreprises non exportatrices, et les ménages, qui voient leur pouvoir d’achat s’éroder. Pour une large majorité d’acteurs économiques français et européens, cette dépréciation de l’euro est un facteur aggravant. « Beaucoup de flux entre l’Europe et l’Asie sont libellés en dollars, de même pour les matières premières et les composants électroniques, explique Emmanuel Arabian, directeur Financement et Trésorerie d’un groupe Industriel et administrateur de l’AFTE. Cet affaiblissement va donc peser sur les importations ».

H.M.

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