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jeudi, juin 30, 2022

Accusations que la Russie est derrière la crise algéro-espagnole : Des académiciens espagnols réfutent les mensonges d’Albares

Par : Hamid Mechri

Des responsables au gouvernement Sánchez ont suggéré que Moscou aurait pu influencer la réponse d’Alger sur le revirement de l’Espagne sur sa position sur le Sahara occidentale, mais les analystes espagnols ne sont pas d’accord avec de telles supputations, a rapporté aujourd’hui le quotidien ibérique « El Diario ».

Derrière la réponse solide et ferme d’Alger à Madrid après le revirement brusque du Premier ministre Pedro Sánchez sur le Sahara occidentale, certains responsables espagnols ont eu l’allusion de voir la main de la Russie.

Une idée véhiculée fallacieusement notamment par le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares.
Celle qui l’a fait ces derniers jours et à deux reprises est la première vice-présidente du gouvernement, Nadia Calviño.
« J’ai vu que l’Algérie était de plus en plus alignée sur la Russie et cela ne m’a plus tellement surpris maintenant que nous voyons comment cela se matérialise », a-t-elle déclaré sur Catalunya Radio, citée par « El Diario ». Peu après, elle persiste de nouveau : « J’observe depuis longtemps un alignement de l’Algérie par rapport aux positions de la Russie. Il est évident que nous sommes dans un contexte international très complexe d’un point de vue géopolitique et qui affecte toutes les relations que nous entretenons avec les pays tiers ». Le ministre de l’Agriculture et ancien ambassadeur d’Espagne au Maroc, Luis Planas, s’est invité aussi, toute honte bue, à cette campagne de mensonges, en déclarant : « Il est évident que dans le cadre géopolitique actuel, il y a des pressions d’autres pays ». Mais, la vérité est toute autre. Et cette fois-ci elle vient des espagnoles eux-mêmes. Pour vérifier la véracité de ces mensonges, le journal espagnol « El Diario », a consultés un panels d’experts de haut rang, qui, à l’unanimité, ont tous excluent que Moscou ait poussé Alger à rompre ses relations diplomatiques avec l’Espagne et insistent sur le fait que la principale raison est le tournant de l’Espagne vis-à-vis du Sahara occidentale, qui a rompu 40 ans statut de neutralité, en étant l’ancienne puissance coloniale de ce territoire. Un gifle au gouvernement de Sánchez, pris en flagrant délit de de tromperie et contrevérité, bien-sûr pour couvrir ses échecs et amateurisme.
« L’initiative politique et la réponse algérienne sont développées à Alger et par des Algériens », a expliqué a ce journal Eduard Soler, chercheur au think tank CIDOB. « L’Algérie n’est pas l’Ossétie du Sud, ce n’est pas un pion de Moscou et elle ne l’a jamais été pendant la guerre froide », a-t-il tranché, fermement. « La Russie n’a jamais eu d’influence politique dans la sphère algérienne », a expliqué à « El Diario » Akram Kharief, analyste indépendant et journaliste algérien. « Alors que la Russie utilise le gaz comme arme contre les pays européens, l’Algérie maintient son approvisionnement et augmente même ses exportations vers l’Europe. Cela ne se produirait pas s’il était aligné sur Moscou », ajoute-t-il.
« Moscou a de nombreux fronts en ce moment et je ne vois pas que la position espagnole soit très centrale pour eux » a précisé l’expert espagnol Soler.
En fait, le ministre espagnol Albares essaye vainement d’établir cette relation entre la Russie et l’Algérie afin d’internationaliser le conflit.
Le pseudo diplomate espagnol a laissé entendre, qui veut l’entendre, que c’est ni plus ni moins la Russie, Poutine lui-même, qui serait à l’origine de cette crise. Pitoyable appel du pied aux Etats-Unis et à l’Otan pour secourir un petit ministre dépassé par ses propres turpitudes, après avoir vainement tenté de mobiliser l’Union européenne. De même, met-il également en avant l’épouvantail russe pour convaincre les pairs européens pour se tenir à ses côtés.
« Cette stratégie vient de l’Espagne et l’objectif, qui n’est pas très intelligent, est de construire un récit pour le vendre à l’UE et à l’Otan », explique Kharief auprès de même journal espagnol.
« C’est très naïf car pendant que l’Espagne confronte l’Algérie sur ce dossier, l’Italie et l’Allemagne augmentent leur capacité d’importation de gaz d’Algérie. Cette mensonge échouera car les autres pays européens ne y adhéreront pas », ajoute-t-il.
Irene Fernández Molina, professeure à l’Université d’Exeter, spécialisée dans le Maghreb et auteure du livre « Sahara Occidental, 40 años después » (traduction de l’espagnol : Sahara occidental, 40 ans plus tard), a déclaré : « Inclure la Russie dans l’équation est une stratégie, je ne sais pas si c’est très réussi , d’essayer d’internationaliser et de nier la crise par certains membres du gouvernement espagnol ».
« La décision algérienne est due au changement de position officielle du gouvernement espagnol sur le Sahara occidentale, qui est une question de principe dans le discours officiel algérien et, en plus, au fait qu’il n’a pas pris en considération la position de l’Algérie dans la région et que l’Espagne a si nettement pris le parti du Maroc, prenant pour acquis les bonnes relations avec Alger », a poursuivi Fernández Molina. Après son indépendance en 1962, l’Algérie est devenue l’un des grands leaders du mouvement des non-alignés, concept qu’elle maintient aujourd’hui comme principe de sa politique étrangère, a noté El Diario.
Cette position lui a permis de jouer un rôle de médiateur à travers l’histoire, a fait rappelé le même média. « Les années 1970 et 1980 ont été les jours de gloire de la diplomatie algérienne, qui a expulsé le régime d’apartheid sud-africain de l’Assemblée générale des Nations Unies en 1974 et a introduit l’Organisation de libération de la Palestine au même endroit un an plus tard. En 1975, l’Algérie a amené Saddam Hussein et le Shah d’Iran à la table des négociations et a négocié avec succès la libération des otages américains à Téhéran en janvier 1981 », écrit Kharief avec Francis Ghilès dans une analyse intitulée « Actualisation de la doctrine algérienne ». « Un certain héritage de ce non-alignement est que l’Algérie est libre dans les affaires régionales et n’obéit pas aux directives de la Russie ou d’autres grandes puissances comme les États-Unis », a résumé Fernández Molina. « Cela se voit dans des dossiers comme la guerre en Ukraine, où l’Algérie s’est abstenue lors des différents votes de l’Assemblée générale. Qu’il n’ait pas voté pour défendre la position de la Russie est un signe de la volonté de maintenir une certaine indépendance », ajoute-t-elle.
Pendant la guerre froide, l’Algérie a déployé une politique « anti-impérialiste » et une économie « socialisante » « plus proche de la vision de Moscou que de celle de Washington », explique Soler.
« Dans le monde de l’après-guerre froide, l’Algérie s’est engagée à diversifier ses relations et essaie d’avoir de bonnes relations avec l’Italie, l’Espagne d’Aznar… et surtout, elle utilise la fenêtre d’opportunité que lui offre le 11 septembre pour se rapprocher des États-Unis. d’un intérêt commun : la lutte contre le terrorisme », a expliqué l’expert espagnol. « Ni le Maroc ni l’Algérie ne se contentent d’entretenir de bonnes relations avec le pays avec lequel ils entretiennent de meilleures relations », conclut l’expert, qui ajoute qu’il est simpliste de voir le Maroc comme un allié des Etats-Unis et l’Algérie comme un allié de la Russie. « Le Maroc était absent du vote sur l’Ukraine à l’ONU parce qu’il ne voulait pas contrarier la Russie. Le Maroc n’est pas un pion américain et déplace ses pièces comme il veut ». Fernández Molina en convient : « Il est simpliste d’interpréter les tensions au Maghreb dans le cadre de l’OTAN contre la Russie. Non seulement simpliste, mais aussi irresponsable car elle fausse l’analyse et la recherche de solutions à la crise actuelle. C’est une façon d’internationaliser et donc d’aggraver cette crise en impliquant d’autres acteurs ». L’Algérie n’a pas seulement été gênée par le changement de position espagnol, mais aussi par la manière de l’annoncer, puisque c’est par le biais d’un communiqué de la Maison royale marocaine, a rappelé El Diario. Le président Pedro Sánchez a déclaré au Congrès que l’Espagne « a suivi la position que d’autres nations très puissantes de l’UE telles que la France et l’Allemagne ont également exprimée ». Cependant, l’Espagne est allée plus loin et, selon le Conseil des relations extérieurs, est soudainement devenue le plus fervent partisan européen du plan d’autonomie du Maroc, a fait observer El Diario.
L’Espagne soutient désormais que le plan marocain d’autonomie pour le Sahara (au lieu d’un référendum d’autodétermination) présenté en 2007 est « la base la plus sérieuse, crédible et réaliste ». La chancellerie allemande, pour sa part, se borne à qualifier le plan marocain d’ « apport important ». De son côté, la France n’utilise aucun superlatif, affirmant que le plan est une « base de discussion sérieuse et crédible ».
Même les États-Unis, malgré la reconnaissance de la souveraineté marocaine annoncée par Trump dans ses derniers jours en tant que président, ne vont pas aussi loin que l’Espagne concernant le plan d’autonomie et soulignent qu’il s’agit d’une proposition « réaliste, crédible et sérieuse », a souligné le journal El Diario.
Haizam Amirah Fernández, chercheur principal à l’Institut royal Elcano, a expliqué à elDiario.es que « le plan d’autonomie présenté en 2007 n’est guère crédible dans le Maroc d’aujourd’hui, car c’est un État hautement centralisé et où la Constitution interdit la formation de partis politiques de caractère régional et où il n’y a pas de précédent d’autonomie ».

H.M.

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